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La légende du Bouffadou
Bouffanelle
était une sorcière, au temps où,
dans les grandes forêts du Gévaudan,
il nous en restait quelques-unes.
Sorcière, et avec une spécialité
: le bâton du diable.
Elle avait coupé un jeune bouleau de bois
blanc, en avait enlevé l'écorce
et l'avait creusé pour en faire un tuyau
de bois. Il lui suffisait alors, ams tram
gram pic et pic et colégram, de souffler
dans le tube et, à l'autre extrémité,
apparaissait un diablotin dans sa culotte rouge
; un petit bonhomme rempli de malices et qui,
tant que durait le souffle de la sorcière
dans le chalumeau, dansait la danse du diable.
Dans les veillées, dans les fêtes
votives, dans les kermesses paroissiales, au dessert
des repas de noces, avec son bâton du diable,
Bouffanelle faisait un tabac.
Tant, que cela suscita la convoitise de beaucoup.
Certains allèrent dans la forêt,
coupèrent de jeunes bouleaux, en fabriquèrent
des sarbacanes dans lesquelles ils soufflèrent
de tout leurs poumons.
Avaient-ils oublié la bonne formule ?
N'avaient-ils pas l'âme assez sorcière
?
Aucun diable n'apparaissait au bout du tube et
les apprentis sorciers en étaient pour
leur honte.
Cependant, par ce simple bâton creux, la
fortune arriva à l’un d’eux
: Bouffarel, de la paroisse de Bouffassol.
A la veillée, devant le feu de l’âtre,
pour la centième fois, Bouffarel soufflait
dans son tuyau. Sans résultat.
Minuit approchait. Le feu s’était
éteint peu à peu ; et, parmi les
cendres, quelques braises timides clignaient de
l’œil avant de s’endormir.
Soufflant toujours, Bouffarel approcha, sans
le faire exprès, l’extrémité
du tube des braises qui subitement, se réveillèrent.
Le souffle de l’homme, par l’intermédiaire
du bâton creux, leur avait rendu la vie.
Et, sous les yeux étonnés du faux
sorcier, un feu tout neuf se mit à danser
dans le foyer.
Bouffarel venait d’inventer l’appareil
à rallumer le feu sans se brûler
les moustaches.
Né de la sorcière Bouffanelle,
mis au point par Bouffarel, on l’appela
: le " Bouffadou ".
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